Jacques Prévert : un de mes poètes favoris

« Une orange sur la table
Ta robe sur le tapis
Et toi dans mon lit.
Doux présent du présent
Fraicheur de la nuit
Chaleur de ma vie. »


(« L’ami des cancres pris au sérieux » un article écrit par Valérie Sasportas dans « Le Figaro » du 24 octobre 2008)

Jacques Prévert, né à Neuilly-sur-Seine en 1900, aimait beaucoup le dicton : “Raconte pas ta vie” », et l’avait écrit en tête d’un curriculum vitae. Trente et un an après sa mort, la phrase figure en préambule de la rétrospective inédite que lui consacre l’Hôtel de ville de Paris, sous la houlette de sa petite-fille, commissaire de l’exposition, Eugénie Bachelot-Prévert. « J’ai voulu montrer de façon neutre l’œuvre de mon grand-père. Il n’y a rien d’autobiographique, sauf son enfance pour les œuvres qui l’ont marqué. » Un ruban de béton gris déroule des photos de famille : Prévert pose avec son père, qui lui ouvrit le monde du théâtre et du cinéma ; avec sa mère, qui lui enseigna l’humour en toutes choses, avec son frère Pierre, son complice dans la vie comme au cinéma.
La révolte et la dérision
Cinq cents œuvres originales brossent le portrait du scénariste, dialoguiste, dramaturge, homme de main du surréalisme, amoureux des jeux de mots presque autant que des femmes, qui érigea en art de vivre la révolte et la dérision. Coût de l’opération : 600 000 euros. Plus de la moitié ont été financés par le mécénat d’Alstom.
C’est une balade, chronolo­gique et thématique. On y revoit Mon frère Jacques, documentaire de Pierre Prévert avec Marcel Duhamel, illustrant la période de la rue du Château. On retient trois « cadavres exquis » cosignés Prévert, Breton et Yves Tanguy, du temps du surréalisme. Il y a là ses premiers écrits, publiés dans les années 1930 et enregistrés à la fois comme textes et chansons. Trois espaces mi-clos font office de salles de cinéma. Quel bonheur d’y revoir des extraits de ses films, narrés et imagés, Les Visiteurs du soir, Adieu Léonard, Le Petit Soldat de Grimault. L’étage dévoile ses collages, éphémérides chromatiques, superbes et méconnus, relatant ses rapports avec les peintres, notamment Picasso, qui a portraituré Prévert au fusain. « On n’imagine pas la profusion, la complexité de ce qu’a créé mon grand-père. Son œuvre est un continent », s’émerveille Eugénie. « J’ai été frappé par le côté touche-à-tout presque péjoratif de Prévert », renchérit Binh, l’autre commissaire de l’exposition, sans qui elle n’aurait pas lieu. Car l’Hôtel de ville n’était pas a priori partant, jugeant « Prévert poussiéreux ».
La logique des rencontres
Le doute avait habité Binh aussi, qui ne se souvenait que de deux ou trois choses. « Je connaissais surtout la partie cinéma  », burlesque et dramatique, L’affaire est dans le sac, Le Crime de M. Lange, Le Quai des brumes (lire ci-dessous). « Et aussi des poèmes appris petit, Le Cancre, En sortant de l’école. » Mais, cité Véron, derrière le Moulin Rouge, où vécut Jacques Prévert, Eugénie lui a montré « tout le reste ». « J’ai découvert une extraordinaire cohérence entre tout ce qu’il faisait, le cinéma, la poésie, les collages. Et cette logique des rencontres, qui transformait chaque amitié en un cycle d’œuvres. Pour saisir cette unité, il fallait entrer dans le détail. C’est ce que nous avons voulu ­faire à l’Hôtel de ville. »
Et l’exposition ne fait pas l’impasse sur la polémique que suscita l’artiste, hissé au rang d’icône, après l’immense succès de son recueil Paroles, paru en 1946. Affaire portée sur les plateaux d’émissions littéraires enfumées. « Poète ou chansonnier, l’imposture Prévert ? », s’interroge-t-on en 1970. La question reste ouverte. Houellebecq a écrit récemment : « Jacques Prévert est un con. » « Forcément, on demande toujours les mêmes textes reliés à l’enfance ! s’énerve Eugénie, qui s’évertue à réhabiliter sa mémoire écornée. Elle a testé : « Dans le couloir d’une école, j’ai accroché les premiers vers des Feuilles mortes. Eh bien les enfants, et même certains profs, ont fredonné Gainsbourg, sa Chanson de Prévert. » Ironie du sort, Gainsbourg est exposé à la Cité de la musique.

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