Vienne fête les 100 ans du «Baiser» de Klimmt

 

 (Un article écrit par  Éric Biétry-Rivierre dans « Le Figaro »)
Le Musée du Belvédère reconstitue l’exposition-phare de 1908. C’est là, dans ce lieu éphémère, fait de 54 salles d’exposition, de jardins et de cours intérieures, d’un petit cimetière, d’un café et d’un théâtre d’été, ainsi que d’une maison de campagne à deux étages entièrement aménagés, que Gustav Klimt et son groupe de 160 jeunes artistes avaient dévoilé leurs nouveaux travaux révolutionnaires. C’est là que, pour la première fois, on vit, entre autres chefs-d’œuvre, Le Baiser, icône d’or de Klimt aujourd’hui devenue pour Vienne ce que La Joconde est pour Paris.

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L’exposition du Belvédère ne reprend qu’un sixième de la Kunstschau, mais la reconstitution est tout à fait significative. On y voit bien sûr les toiles, dessins, encres et esquisses d’artistes moins connus que Klimt ou Kokoschka, sans doute moins audacieux bien qu’ils soient à des années-lumière de l’historicisme et du style floral qui dominaient alors. Mais, surtout, on s’étonne des magnifiques costumes et décors de théâtre ou d’opéra, par exemple, qui n’ont survécu que dans leurs croquis. Suit la salle des jouets avec, dans ses vitrines, de petits personnages de bois aux lignes simples et aux couleurs vives, et des livres pour enfants prodigieusement illustrés.

L’invention du poster

Plus loin, comment ne pas s’arrêter longuement dans la salle des affiches, le groupe de la Kunst­schau, inspiré par Toulouse-Lautrec, ayant véritablement inventé le poster. Enfin, aménagée par Koloman Moser, nous entrons dans la salle dans laquelle sont « nées » les seize plus célèbres œuvres de Klimt. Dans une niche noire ménagée dans le mur du fond, dans un décor de papier peint blanc parsemé de motifs carrés, voici, éclairé comme à la lumière du jour, Le Baiser. « À l’époque, le tableau n’était pas complètement achevé mais déjà acheté l’équivalent de 175 000 € par le ministère de la Culture, ce qui prouve l’incroyable ouverture d’esprit du pouvoir impérial, d’ailleurs mécène de la Kunstschau », précise Alfred Weidinger.

À gauche, la très sexy Danae se fait discrète. Tout contre, au-dessus de l’entrée principale de la pièce, une frise toujours composée de petits carrés s’enroule autour du monogramme GK. En face du Baiser, toujours dans une niche, le puissant Les Trois Âges de la femme. Il y a aussi, dans sa robe de tulle ivoire, la noble Fritza Riedler, également sur un fond décoré de carrés.

Toutefois, avant même d’admirer ces grands classiques, on remarque les manques, signalés par des reproductions en noir et blanc. Les Pommes d’or ont brûlé pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus criante encore est l’absence du portrait d ‘ Adele bloch-Bauer I. Durant une soixantaine d’années, les cimaises du Belvédère s’enorgueillissaient de cette toile culte, confisquée par les nazis en 1938, réclamée depuis la fin de la guerre par la nièce et héritière d’Adèle. Restituée à l’issue d’un procès-fleuve, elle a été vendue 135 M$, en juin 2006, au collectionneur américain Ronald Lauder. Lequel la conserve jalousement dans sa Neue Galerie de New York. « Depuis la décision de justice, les collectionneurs privés se montrent réticents à présenter leurs trésors », conclut, amère, la directrice du Belvédère, Agnes Husslein-Arco.

Jusqu’au 18 janvier 2009, au Belvédère, A-1030 Vienne, Rennweg 6, Autriche (www.belvedere.at). Catalogue en allemand, 560 p., 38 €. À l’occasion du centenaire du Baiser, les éditions Citadelles Mazenod publient une monographie de l’œuvre de Klimt, 320 p., 230 €.

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